Depuis combien de temps, l’homme et certains loups se sont-ils rapprochés ? Hier, on parlait de dix à douze mille ans, début de la sédentarisation pour le premier des deux compères. Désormais, ces premiers pas communs semblent vouloir reculer toujours plus tôt : on parle sérieusement de trente mille à quarante mille ans… date de l’apparition des « cimetières de mammouths », dont le mystère se trouverait soudainement éclairci ! Il ne s’agirait plus véritablement de cimetières, mais plutôt d’abattoirs pièges : séparé du troupeau par l’habileté d’une meute à quatre pattes, un individu mammouth croyait trouver refuge dans un espace où l’attendait traîtreusement une autre meute criminelle, à deux pattes celle-là…

loups

Trente mille ans, cela paraît impressionnant comme cela, mais en réalité, cela ne l’est pas tant que cela. Calculez : tout au plus sept à huit mille générations de canidés, moins de mille à mille cinq cents d’humains. Mais oui, vous lisez bien, pas plus de huit mille reproductions entre ces loups préhistoriques et nos chiens de salons, moins de mille cinq cents accouplements divers pour ce qui nous concerne

Vous avez bien lu : entre vous et les chasseurs de la préhistoire, mille cinq personnes au plus ; entre votre chien de compagnie et les loups qui ont aidé votre ancêtre de cette époque, à peine huit milliers de sujets. Voilà pourquoi, sans doute, nous les humains restons d’irrémédiables nostalgiques de viandes grillées, voire crues… ; voilà pourquoi certains de nos chiens se montrent-ils capables, dans certaines circonstances, de hurler… comme des loups qu’ils sont encore un peu…

Drôlement astucieux, ces premiers chiens de la préhistoire : opportunistes, cela faisait déjà longtemps qu’ils patrouillaient derrière les hordes humaines, en grappillant les restes, ou parfois, réussissant à leur chaparder certaines prises. Cela n’allait d’ailleurs pas sans risque, et plus d’un insolent voleur, un peu trop effronté a payé de sa vie quelque excès d’audace ; c’est que les humains n’avaient aucune raison de nourrir quelque sympathie que ce soit à l’égard de ces maraudeurs ; mais bientôt, ces derniers allaient se rendre compte qu’ils avaient les moyens de décupler le rendement de ces tueurs professionnels qu’ils suivaient à distance, en rabattant vers ceux-ci les gibiers effrayés, augmentant ainsi les restes escomptés. Et c’est ainsi que les futurs chiens ont commencé d’apprivoiser les humains !

Passés les premiers moments de surprise, ceux-ci, qui malgré les apparences étaient fort loin d’être sots, ont bientôt compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de leurs nouveaux alliés. Mieux, à la roulette de la chance préhistorique, ils devaient bientôt se rendre compte qu’ils avaient tiré le gros lot ! C’est que leurs camarades de carnage ont fait preuve de capacités d’adaptation tout à fait remarquables. Pourvu que l’on s’occupât d’orienter dans le sens voulu les accouplements, on sut produire très vite des lignées réputées pour un flair exceptionnel, d’autres, particulièrement aptes à guider les troupeaux sauvages dans la direction souhaitée, sans blesser ni perdre aucun individu et d’autres encore, d’une vigueur et d’une férocité exceptionnelles, particulièrement efficaces pour lutter par exemple contre les loups restés sauvages, ou dans les combats contre d’autres hordes humaines ennemies. On en vint même à soutenir certaines familles chétives, dont on offrait les petits à l’attendrissement des rudes Cro Magnones, qui s’en trouvaient ainsi rendues un peu moins farouches (plus Cro Mignones ?) – du moins l’espérait-on !

Toutes ces manipulations génétiques restaient cependant dans des limites fortement raisonnables : tout se décidait au niveau des familles de la horde humaine, et aucune famille ne se trouvait en situation d’assurer la nourriture de plus d’un à deux canidés adultes ; quant aux petits, et si cruel que cela puisse paraître aujourd’hui, on ne conservait vivants que ceux d’entre eux que l’on savait pouvoir placer quelque part au sein de la tribu.

Et cela a fonctionné de la sorte pendant 7500 générations de chiens et 1500 générations d’humains : de petits élevages familiaux, uniquement cela, pilotés par de réels amateurs, aussi patients que fins observateurs. Avec des résultats qui ont en général donné satisfaction à chacune des deux parties, puisque les uns ont continué leur approche sélective, et que les autres n’ont pas choisi de retourner à leur sauvage solitude.

À présent, combien de générations de chiens finalement produites par des « éleveurs professionnels » ? Calculez comme vous voudrez, mais cela ne doit pas dépasser la centaine. Avec des succès dont nous discuterons, mais dont nous avancerons dès aujourd’hui qu’ils sont au moins… très contrastés…

Le problème, c’est qu’au nom de résultats qui restent donc à prouver, certains voudraient bien volontiers faire allègrement disparaître toute forme d’élevage amateur familial, au profit d’un monopole exclusif d’élevages industriels. Mais si l’on met en balance les chiffres que je viens de citer, la question qui ne peut manquer de se poser est bien sûr celle-ci : est-ce bien raisonnable ? Pour quel profit ? Si vous le voulez, nous en reparlerons dans un prochain billet…

Michel GEORGEL

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