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La « malédiction » du toilettage

Avec, à ce stade, une réelle difficulté.

L’idée de base serait d’adapter son offre à la demande de la clientèle et de choisir, au cas par cas, l’une ou l’autre manière de faire.

Seulement voilà : l’expérience le montre, et les observations sont sans appel ! Un tel projet se révèle, toujours, et dans tous les cas « mission impossible » ! Impossible de faire cohabiter les deux manières dans le même établissement ! Si vous acceptez, même occasionnellement, la première, très vite, vous ne ferez plus que la première.

Il y a plusieurs raisons à cela, mais la principale d’entre elles est la clientèle elle-même, ou plus exactement, les clientèles : c’est qu’il y a une clientèle pour la première manière et une autre clientèle pour la seconde ; or ces clientèles ne sont pas « miscibles » l’une dans l’autre, et ne cohabitent jamais : l’une est exclusive de l’autre ! Ou plus précisément encore, c’est la première qui chasse la seconde.

Bien sûr, vous avez de la peine à le croire, mais c’est ainsi. C’est que les chiens qui sortent de votre salon sont vos premiers ambassadeurs. Si vous tondez, si vous coupez des pelages qui ne devraient pas l’être, vos ambassadeurs présenteront partout votre travail, et ils feront fuir les propriétaires qui préféreraient la deuxième manière. Ils les feront fuir de manière si définitive et irrémédiable que vous ne saurez même pas… qu’ils existent (ou qu’ils existeraient) ! Et c’est en toute bonne foi que vous affirmerez : « il n’y a pas de clientèle pour du beau travail dans ma zone de chalandise ». Vous le direz de bonne foi, pourtant, ce ne sera pas vrai. Cette clientèle existe, bien sûr, partout, et toujours, mais vous n’avez aucune chance de le savoir.

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Cela est si vrai que si voulez réellement servir les deux clientèles potentielles, vous n’avez qu’un seul moyen de le faire : travaillez à partir de deux établissements bien distincts !

Une autre raison vient de la manière même de travailler ; par exemple, tous les industriels vous expliqueront qu’une unité de production n’est jamais à même de produire du haut et du bas de gamme. C’est l’un ou l’autre. Si par suite d’une absence de commandes, on confie un travail de bas de gamme, et donc payé un prix bas de gamme, à une unité spécialisée pour le haut de gamme, le résultat économique se révèle catastrophique : la commande « bas de gamme » accouche d’un produit « haut de gamme », avec un prix de revient lui aussi « haut de gamme », parfois sans rapport avec le prix négocié pour la vente…

Il en est de même en toilettage. Si par exemple, on choisit de tricher, peu ou prou, ses épilations, inévitablement, inexorablement, on trichera de plus en plus. C’est ainsi qu’on commence par tondre les oreilles, puis le dessus du crâne, puis la tête, puis l’avant-main, puis… pourquoi s’arrêter ? Qui vole un œuf vole un bœuf, nous apprend la sagesse populaire. Qui tond une oreille finira par tondre tout le corps, peut-on affirmer en toilettage. Si l’on accepte de tricher, même un petit peu, inévitablement, on trichera de plus en plus. Au lieu de développer son agilité, son doigté, sa capacité à résoudre facilement les problèmes… Car celui qui ne triche pas devient toujours plus habile, et ce qui pouvait lui paraître d’abord une plus grande difficulté, lui devient peu à peu de plus en plus facile. C’est qu’en toilettage, l’habileté ne se décrète pas, elle est le produit d’une pratique répétée.

Cette règle générale vaut tout autant pour les autres actes du toilettage, et notamment pour le bain, qui dans ma conception, est réellement un art, et bien plus encore, le brushing.

Ainsi, restons quelques instants sur le bain. Un grand nombre de toiletteurs vous soutiendront qu’ils y attachent toute l’importance nécessaire. Ne les croyez pas ! Mais regardez-les faire, regardez comment fonctionne leur équipe ! Bien souvent, vous constaterez que la ou les personnes chargées effectivement des bains sont les moins expérimentées de l’équipe… Quant au toiletteur, la région de la baignoire, il n’y met en général ni le pied, ni même l’œil…

Si le toiletteur travaille seul, vous le verrez laver, bien sûr, mais à sa manière de faire, vous aurez bientôt compris que l’acte du bain n’est pas celui qu’il préfère dans son métier…

Autres détails qui ne trompent pas : de combien de shampooings différents dispose réellement l’entreprise ? De combien de crèmes de rinçage ? Est-elle équipée d’un système pour surveiller et améliorer la qualité de l’eau ? Vos observations forgeront votre opinion…

Quant au zoocosmétologue, vous le reconnaîtrez sans hésiter : oui, il dispose d’une véritable batterie de crèmes et de shampooings ; oui, il lui arrive fréquemment d’utiliser deux shampooings différents au cours d’un même bain, voire parfois trois ; oui, il exécute un nombre significatif de bains lui-même, et pour les autres, loin de s’en désintéresser, il en surveille l’exécution, il a donné des consignes pour les produits à utiliser, il en vérifie la finition…

C’est qu’à la vérité, l’art de la zoocosmétologie, c’est, construite sur un socle solide, mais limité, de connaissances théoriques, surtout et finalement, une longue pratique quotidienne, doublée d’un effort continu d’observation, qui conduit le praticien à développer une sorte de sens nouveau, une capacité à « sentir avec les doigts » ; c’est-ce que j’ai voulu exprimer par le titre de mon livre : Le Toilettage au Bout des Doigts, mais je ne suis pas sûr d’avoir été souvent compris… avec ce résultat, qui peut paraître étrange au profane, c’est que le bain pratiqué par le cosmétologue n’aura tout simplement rien à voir avec celui donné par le toiletteur ou ses employés…

« Nul ne peut servir deux maîtres ! » Celui qui aime couper, tailler, trancher dans les fourrures, ne se trouvera aucune vocation de se mettre à leur service ; quant au cosmétologue, nuire à la réalité physiologique d’un pelage lui est bientôt une conduite au-dessus de ses forces ; on le voit, ce sont bien là deux attitudes contradictoires : en choisir une, c’est exclure l’autre !

C’est donc avec sagesse que les publics se départagent comme nous l’avons décrit : les clients du cosmétologue ont bien raison de fuir le toiletteur, ce dernier ne deviendra jamais cosmétologue ! Quant au cosmétologue, les partisans de coupes et tontes doivent l’éviter à tout prix : celui-ci serait bien capable, partageant sa passion, de les faire changer d’avis !

Pour un toilettage intelligent, par Michel Georgel

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