Cet article est la suite de Pour un toilettage intelligent (page 4) : l’organisation de la fourrure

Toilettage intelligent et coupe du poil

Je pense que c’est pour vous désormais l’évidence : le toilettage intelligent devrait privilégier en permanence l’allongement des fourrures plutôt que leur raccourcissement.

Il n’empêche, cette question du raccourcissement se pose dans certaines circonstances, que nous analyserons plus loin.

Mais si nous devons raccourcir, nous avons, nous le savons deux moyens à notre disposition : le trimming ou la coupe, la tonte n’étant finalement qu’un cas particulier et extrême de la coupe.

trimmer

Parlons d’abord du trimming (cas particulier de l’épilation), qui n’est possible que sur les poils en phase télogène [1], qu’il est extrêmement facile d’identifier : ils ne présentent pratiquement pas de résistance à la traction.

L’épilation de type stripping consiste à retirer en une seule fois l’ensemble du poil de couverture : vous l’avez deviné, c’est là une solution contraire au bon sens. L’épilation dite trimming désigne en réalité deux gestes assez différents :

  • le fait de ne retirer, dans le cas des poils durs, que les seuls poils de couverture en toute fin de phase télogène, prenant soin de conserver une épaisseur efficace des autres poils de couverture,
  • ou encore le fait, dans le cas des poils longs, d’agir par traction sur la longueur même de ces poils : un poil long ne se présente pas sous une forme continue, mais comme une suite de parties proximales et distales, qui peuvent glisser les unes sur les autres dans une région plus étranglée, dite partie intermédiaire.

Dans l’un et l’autre cas, un trimming correctement conduit a deux conséquences, très importantes pour nous :

  • la force de traction à exercer est très faible, ce qui rend le geste à peu près insensible pour le chien, et ne coûte qu’un effort minimum pour le toiletteur,
  • il n’entraîne aucun effet secondaire indésirable pour la fourrure, y compris dans le cas d’une « séparation sur la longueur », la cuticule de la partie proximale conservée se présente « fermée » et n’est donc pas endommagée.

Que se passe-t-il à présent si l’on intervient sur un pelage par sectionnement des tiges (coupe ou tonte) ? On en blesse la cuticule, qui, dans le cas du poil animal ne cicatrisera pas : s’enclenche alors un engrenage parfaitement connu et non moins irréversible. Évaporation de l’eau contenue dans la cuticule, dessèchement de celle-ci, dégradation rapide de la kératine, avec perte de rigidité et dégradation de la coloration. Le poil primaire, dégradé, ne joue plus aucun rôle protecteur, ce qui entraîne une dégénérescence à son tour très rapide du poil secondaire, y compris dans le cas où ce dernier aurait échappé à l’opération de sectionnement : on observe rapidement une disparition du sébum, une diminution ou une cessation de l’action des glandes sébacées, et, ce qui est plus surprenant, un allongement excessif des tiges. Très rapidement, on en vient à ne plus pouvoir réellement différencier poils primaires et secondaires, qui se confondent en une toison informe, sans tenue et sans couleur, particulièrement perméable et donc sensible à l’eau comme à l’humidité, et toujours plus difficile, et finalement impossible à maintenir démêlée.

On pourrait penser que ce désastre n’est que provisoire, et qu’il suffirait d’attendre un nouveau cycle pilaire, c’est-à-dire environ six mois, pour voir réapparaître une situation normalisée ; malheureusement, dans une grande majorité de cas, ce que l’on constate est à l’opposé : le cycle pilaire semble avoir disparu ! Mais il est vrai que cette situation ne se produit pour ainsi dire jamais : le pelage est désormais d’une qualité si déplorable, il est devenu si difficile à entretenir, qu’il s’est presque toujours trouvé absolument nécessaire de le raccourcir à nouveau, voire de le tondre. Ce qui est pourtant une très mauvaise solution, car ces coupes ou tontes successives vont continuer d’aller, toujours plus, et toujours plus vite, dans le mauvais sens

Des exceptions ? Oui… mais pour mieux confirmer la règle !

Ce principe général souffre cependant un certain nombre d’exceptions me dites-vous ? Il y a des pelages que l’on doit couper, ne serait-ce que parce que cette obligation est contenue, implicitement ou parfois explicitement, dans le standard de la race !

Vous avez raison, mais moi aussi ! Précisons tout d’abord qu’il faut bien distinguer esthétique et physiologie.

Et je le maintiens, du strict point de vue de la physiologie des pelages, un pelage coupé ou tondu, même une seule fois, abandonne toutes ses qualités : le sous-poil perd ses propriétés d’imperméabilité, le poil de couverture, sa capacité de protection, et l’ensemble n’est plus réellement apte à retenir un matelas d’air efficace. Il faut bien comprendre qu’il est d’ailleurs indifférent que l’on soit intervenu par coupe ou tonte : du point de vue de la physiologie du pelage, le résultat est strictement équivalent.

Ce qui signifie que son nouvel « habit » ne protège plus son malheureux propriétaire, et il nous faudra désormais remédier au mal que nous avons produit : le manteau imperméable devient obligatoire, dès la première menace d’ondée, le manteau rembourré, dès les premiers froids !

C’est là une règle dont il faut persuader tous les maîtres : il y va du bien-être, voire de la santé de leur compagnon.

À ce sujet, on entend souvent dire que le manteau serait nécessaire pour un chien vivant en appartement, afin d’éviter le choc thermique lors des sorties par temps froid : vous le comprenez désormais, cette assertion est parfaitement fausse dans le cas d’une fourrure dont on a conservé soigneusement les qualités originelles…

Pour un toilettage intelligent, par Michel Georgel

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[1] Le poil a fini sa croissance, il n’est plus relié à sa papille dermique, mais seulement maintenu dans le conduit du follicule.

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