Petit détour par l’éthologie

L’idée que l’on puisse modifier les comportements de façon sérieuse et pérenne est donc fausse : ce n’est qu’en apparence que les êtres vivants craignent les punitions, ou même recherchent les récompenses. Que l’on s’en réjouisse ou s’en inquiète, les faits sont têtus, la noblesse du vivant n’est pas réductible à de si petits calculs mesquins. Les choses sont ainsi : on n’achète pas les comportements.

Pour autant, souscrirons-nous aveuglement aux « animaux mécaniques » des éthologistes, et autres sociobiologistes ? Il n’en est pas question. Au contraire, nous n’aurons garde d’oublier les travaux récents, qui tous, concourent à l’idée d’une personnalité propre à chaque être vivant, personnalité douée de conscience et donc de sentiments, mais aussi d’intentions et d’une réelle capacité de décision.

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Nous ne suivrons pas aveuglement les éthologistes dans leurs conclusions, mais nous accorderons à leurs observations toute la place qu’elles méritent, car ce sont ces observations qui précisément vont nous permettre d’approcher la définition des nutriments souhaitables propres à chaque espèce, à chaque race d’une espèce, à chaque individu d’une race.

Les animaux ne peuvent réellement apprendre que ce qu’ils savent déjà

Et finalement, que nous enseignent les observations des éthologistes ? Que les comportements, à l’opposé d’être « modifiables » à la demande, sont pour une part significative innés, comme est inné leur potentiel de développement. Mieux, ce potentiel se trouve encadré par des bornes héritées, presque impossible à transgresser, ce que nous observons par exemple dans le phénomène de l’empreinte, et dans une moindre mesure, celui de la socialisation.

Plus simplement, il ne serait pas inexact de dire que, non seulement les animaux ne peuvent tout apprendre, mais que d’une certaine façon ils ne peuvent réellement apprendre que ce qu’ils savent déjà.

Dit autrement, les êtres vivants naissent avec un répertoire comportemental potentiel, au-delà duquel il serait vain de prétendre les entraîner.

Mais pour qu’un comportement se manifeste, il ne suffit pas qu’il s’inscrive dans ce répertoire comportemental. Il faut encore qu’à l’intérieur de ce répertoire, l’individu manifeste une certaine appétence pour ce comportement.

Par exemple, le sinistre Skinner obtenait des comportements tout à fait étonnants et à la limite de l’improbable de la part des pigeons qu’il enfermait dans ses « boîtes », mais il n’obtenait rien ou presque des corbeaux. Et Skinner d’en conclure avec sa prétention habituelle que si les corbeaux refusaient de « jouer » avec lui, c’est parce qu’ils étaient trop stupides.

Pauvre Skinner ! L’observation du comportement de ces animaux dans la nature évoquera ce que l’on voudra, mais certainement pas la stupidité ! En réalité, ce n’était pas les corbeaux qui étaient stupides, mais les jeux proposés par le comportementaliste ! Stupides au point que les corbeaux refusaient de s’y abaisser, laissant aux pigeons domestiques ces amusements méprisables, dont la seule justification se trouve être en fait une invraisemblable gourmandise.

Les répertoires comportementaux ne se distinguent pas seulement selon les espèces. Les races ne sont plus très à la mode aujourd’hui, mais il n’empêche, elles existent, avec des caractéristiques physiques repérables, certes, mais aussi des répertoires comportementaux spécifiques. Et à l’intérieur de ces races, les répertoires comportementaux peuvent être spécifiques, au moins pour certains, aux individus.

Revenons à l’espèce canine, et par exemple, à cette maxime : « bon chien chasse de race ! ». Tous les connaisseurs vous diront qu’en effet un bon chien de chasse n’a presque rien à apprendre ! Il semble savoir chasser presque « de naissance » et le rôle du dresseur se limite à quelques « réglages » subalternes, et à l’établissement d’un code de communication avec le conducteur chasseur.

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À l’inverse, il sera le plus souvent tout à fait improductif de vouloir utiliser un champion de chasse pour autre chose que la chasse, par exemple la conduite de troupeaux, ou même la garde d’un domicile.

De même, rares sont les chiens de garde ou de défense capables de faire réellement de bons chiens de chasse.

Ce que l’éthologie nous apprend, c’est donc à repérer puis à respecter les capacités comportementales des individus.

Lorsque l’on propose un individu une activité qui correspond à son répertoire comportemental, non seulement cet individu y fait preuve des meilleures performances, mais surtout on constate qu’il y prend un extrême plaisir, ce qu’il prouve en s’y adonnant avec passion.

Avoir repéré ce potentiel, et lui donner l’occasion de se développer, c’est précisément avoir proposé à l’animal les bons « nutriments ».

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